Rémi Vincent : construire une carrière en motion design sur le long terme

Remi Vincent Motion Designer


Rémi Vincent (aka Tetsouille) est motion designer et directeur artistique basé à Montréal. Avec presque 20 ans d'expérience, il a traversé toutes les évolutions du métier, des débuts du Flash jusqu'aux productions les plus récentes. Passé par les Gobelins, puis par Moment Factory où il a créé des visuels pour des artistes comme Tiësto et Madonna, il enseigne aujourd'hui à l'UQAM tout en maintenant une activité freelance. Dans cet épisode de Mapping Motion, il revient sur sa carrière en motion design, ses stratégies en freelance et sa vision de l'avenir du métier.

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Qui est Rémi Vincent, motion designer et directeur artistique ?


Rémi se présente avant tout comme designer graphique, plus que comme motion designer. Pour lui, tout motion designer devrait être un designer graphique, sans quoi il se réduit à un simple technicien ou animateur. C'est cette double identité qui fait selon lui la force du motion design.

« Tout motion designer devrait être un designer graphique. Sinon, on serait simple technicien ou animateur. »

Sa pratique a beaucoup évolué au fil des années. Il ne se définit pas comme la même personne qu'au début de sa carrière. Aujourd'hui, ses deux grands axes sont la transmission, à travers l'enseignement à l'UQAM, et la quête de sens, c'est-à-dire choisir des projets en fonction de ce qu'ils apportent réellement.
Il enseigne à l'UQAM comme chargé de cours, statut qui implique en Amérique du Nord de rester un professionnel actif. Ce n'est pas un poste de professeur permanent : il continue à exercer le métier en parallèle, ce qui lui permet de faire des parallèles constants avec la réalité professionnelle dans ses cours.


Des Gobelins à Moment Factory : deux écoles, deux formations

Rémi découvre le motion design à travers Flash, avec les images clés, les interpolations de mouvement et l'onion skin. Il réalise alors qu'il peut animer tout ce qu'il conçoit, sans les contraintes du web ou du jeu vidéo. C'est ce qui lui donne envie de dépasser le rôle de designer de boutons qu'il tenait dans les agences.
Il intègre les Gobelins dans la section concepteur réalisateur multimédia, en alternance, une semaine en école et une semaine en entreprise. Il travaille dans un studio spécialisé dans les sports de glisse avec des clients comme Salomon, où il apprend sur le tas en faisant ses premiers projets de motion.
En arrivant à Montréal, il décrit avoir eu le syndrome de l'imposteur. Il prend deux mois pour retravailler complètement son portfolio, puis commence à postuler. Il refuse une première offre dans le web, ne trouve que des missions freelance dans le motion, et prend temporairement un emploi dans le jeu vidéo. Après six mois, frustré par les contraintes techniques, il démissionne et liste ses trois studios de rêve à Montréal.

« J'ai eu deux réponses positives sur les trois et une des réponses positives, c'était Moment Factory. »

Chez Moment Factory, il arrive quand l'entreprise compte entre 20 et 25 employés. Il en repart deux ans et demi plus tard, alors qu'ils sont 100. Son premier projet est de créer des boucles vidéo pour le DJ Tiësto. Il travaille ensuite sur des productions pour Madonna et d'autres grandes réalisations multimédia. La raison de son embauche, selon lui, c'est le travail de VJ qu'il faisait en parallèle dans un collectif : il créait du contenu motion 100 % custom pour des concerts et des clubs, ce qui l'a distingué des autres candidats.

« Pourquoi j'ai été pris chez Moment Factory ? Parce qu'en fait j'avais déjà un portfolio et dans ce portfolio, ben j'avais des projets de motion design que j'avais créés à côté. »


Se lancer en freelance : la stratégie du non et le coussin financier

Rémi quitte Moment Factory après deux ans et demi, alors que l'entreprise est en pleine croissance. Il aurait pu y rester et prendre des responsabilités, mais il choisit de se lancer à son compte. La bonne nouvelle : il continue à travailler pour Moment Factory, mais en tant que freelance, avec la possibilité de dire oui ou non selon les projets.
Son premier conseil pour ceux qui se lancent : les anciens employeurs peuvent devenir les premiers clients. À condition d'avoir toujours bien travaillé, livré à temps et entretenu de bonnes relations, les anciennes boîtes rappellent.
Sa stratégie de départ en freelance tient en une formule : la stratégie du non. Il refuse systématiquement les projets qui ne le représentent pas, pour ne garder que ceux qui vont créer les bonnes opportunités. Pour pouvoir se le permettre, il s'est constitué un coussin financier avant de partir.

« Le chiffre parfait, c'est pouvoir vivre pendant 6 mois sans travailler. Le chiffre plus réaliste, c'est au moins 3 mois. »


Sans ce coussin, le freelance risque de prendre n'importe quel projet par nécessité, de casser ses tarifs, et de ne plus se respecter en tant que créateur. Le coussin financier est ce qui permet de dire non et d'attendre le bon projet.


Choisir ses projets : le triangle argent, plaisir et portée

Pour évaluer un projet, Rémi utilise un triangle à trois axes : l'argent, le plaisir et l'apprentissage que le projet apporte, et sa portée, c'est-à-dire sa visibilité. Le projet parfait coche les trois. Dans la pratique, il se fixe comme règle qu'un projet doit en cocher au moins deux.
Il est clair sur le fait que certains projets alimentaires sont inévitables. Mais il n'est pas obligé de les montrer. Le portfolio ne reflète pas forcément tout ce qu'on fait : il reflète ce pour quoi on veut être appelé.

« Si tu es motion designer, tu n'as pas besoin d'une carte de visite. Tu as besoin d'un show. »

Dans ce show, chaque projet doit correspondre au type de travail qu'on veut attirer. C'est aussi la raison pour laquelle les projets personnels sont stratégiques : ils permettent d'explorer un style ou une technique que l'on voudrait proposer à un client, avant même d'avoir le brief. C'est exactement ce mécanisme qui lui a permis d'entrer chez Moment Factory.


Progresser sans se démoraliser : Instagram et la règle des 10 000 heures

Rémi évoque une période où il n'a rien posté sur Instagram pendant un an et demi. Non par manque de travail, mais par exigence envers lui-même. En tant qu'expert dans son domaine, l'œil critique s'affûte et rend difficile de trouver ses propres projets satisfaisants.
Pour lui, la comparaison sur Instagram est un piège. Ce qu'on y voit, ce sont des experts qui ont parfois 20 ans de pratique derrière eux. Se comparer à eux quand on commence, c'est s'exposer à une démotivation artificielle. Il cite la règle des 10 000 heures comme repère : l'expertise demande du temps, et ce temps doit être accepté.
Il conseille aussi de penser local plutôt que global. Si dans une ville donnée, on est le seul à faire quelque chose d'une certaine manière, on sera appelé pour ça, indépendamment de la concurrence mondiale sur les réseaux.


Outils et évolution du métier : Blender, After Effects et le temps réel

Rémi a toujours utilisé After Effects depuis le début de sa carrière, mais il observe que les alternatives se multiplient et deviennent sérieuses. Pour la 3D, il recommande clairement Blender aux débutants : gratuit, open source, et en plein développement. Le Cinema 4D reste un standard dans l'industrie du motion design, mais sa licence Maxon reste chère.


NDLR : Je cite le studio Gentilhomme à Montréal comme exemple de studio professionnel qui a basculé entièrement sur Blender. Ce passage est selon lui représentatif d'une tendance de fond : les étudiants qui démarrent aujourd'hui iront probablement vers Blender, comme la génération précédente est allée vers After Effects.
Le film d'animation Flow, réalisé entièrement sous Blender avec un budget d'environ 2 millions d'euros et une petite équipe comprenant de nombreux artistes français, illustre ce que les outils open source permettent aujourd'hui. Le film a remporté le Golden Globe et l'Oscar du meilleur film d'animation.
L'autre évolution majeure est le temps réel : la capacité de calculer une image dans la fraction de seconde qui la précède, sans temps de rendu. Cette technologie, déjà présente dans les jeux vidéo via Unreal Engine, commence à modifier les pratiques en motion design.

« J'ai l'impression qu'en ce moment, j'ai jamais vu les choses autant changer au niveau des outils et donc des pratiques. »


L'IA dans le motion design et le retour à l'artisanal

Sur l'intelligence artificielle, Rémi a une position nuancée. Il a expérimenté avec les outils génératifs, mais n'y trouve pas de plaisir. Ce n'est pas un refus de principe, c'est une question de ressenti créatif.

« J'ai un peu expérimenté avec l'IA, mais c'est juste que j'ai pas de plaisir à le faire. »

Il observe que la génération de vidéo par IA, notamment avec des outils comme Sora, crée une incertitude croissante sur ce qui est réel ou non. Cette incertitude ouvre selon lui une opportunité : un retour à quelque chose de plus artisanal, de plus lisiblement humain.
Dans ses propres projets, il expérimente cette direction. Il mélange des animations en 24 images par seconde avec des séquences à 8 ou 12 images par seconde, pour créer un rendu qui évoque le travail à la main, le stop motion, l'artisanat visuel.
Sa conviction de fond : tout ce qui a été fait jusqu'ici dans le métier va devoir être réappris. Pas forcément refait, mais répensé en fonction des nouveaux outils. C'est dans cet esprit qu'il s'est inscrit à une maîtrise en design numérique orientée recherche, pour formaliser ses questions sur l'évolution du métier.

« Tout ce qu'on faisait jusqu'à maintenant, va falloir le réapprendre. On ne sait pas encore comment, mais c'est certain que l'évolution des outils fait évoluer les pratiques. »


BEC : animer le burnout avec une carte blanche

Le projet BEC est celui qui représente le mieux Rémi selon ses propres mots. BEC est un organisme à but non lucratif basé à Montréal. L'agence Tam-Tam TBWA l'a contacté avec un brief clair : budget limité, mais carte blanche totale.
Le projet consiste à illustrer et animer un témoignage audio d'une employée en burnout, en utilisant le motion design pour appuyer son récit. Le sujet est lourd, le risque de mal le traiter est réel. Rémi choisit d'aller à contre-sens : un graphisme coloré, rythmé, proche de l'univers du jeu vidéo, pour dédramatiser sans minimiser.
Les projets personnels qu'il avait menés en dehors de ses missions, notamment une série d'illustrations et d'animations de personnages réalisées chaque semaine, lui ont donné un style prêt à l'emploi. Quand la carte blanche est arrivée, il n'était pas dans l'inconnu.
Le résultat est resté l'un de ses projets les plus représentatifs, plusieurs années après sa livraison. Il travaille depuis sur un second projet similaire, pour un OBNL traitant du harcèlement et de la violence au travail envers les femmes, pas encore sorti au moment de l'enregistrement.


Ses plugins et script indispensables dans After Effects

Rémi utilise trois outils régulièrement dans After Effects.

Le premier est Text Evo, pour l'animation de texte : il le trouve intuitif et adapté au motion design où l'animation de typographie est omniprésente.


Le deuxième est FX Console, un script qui permet d'accéder à n'importe quel effet en tapant son nom via un raccourci clavier, sans passer par les menus. Il intègre aussi une fonction de capture d'écran pour exporter des frames en JPEG ou PNG directement depuis After Effects.


Le troisième est Keyframe Velocity Changer, un script gratuit qui permet d'appliquer des pourcentages d'accélération et de décélération sur toutes les images clés d'une animation en un clic. Cela remplace la manipulation manuelle des courbes d'animation dans la grande majorité des cas, en gardant les courbes pour les situations qui l'exigent vraiment

NDLR : en complément voici mon article sur mes plugins Gratuit préférés pour After Effects.


Ce qu'on retient : pour créer une carrière motion design sur le long terme

Rémi Vincent illustre ce que signifie durer dans un métier passion. En presque 20 ans, il a su traverser les évolutions technologiques, choisir ses projets avec méthode, construire une pratique pédagogique solide et ne jamais perdre le plaisir de créer.


Ses conseils sont concrets : constituer un coussin financier avant de se lancer en freelance, refuser les projets qui ne vous représentent pas, construire un portfolio qui attire exactement le type de travail que l'on veut faire, et ne pas attendre d'être prêt avant de poster ou de prendre des risques. La longévité dans ce métier se cultive activement, projet après projet.


Retrouvez Rémi sur remivincent.tv et sur Instagram : @remivincent.tv

Salut je suis Jeremy Fassio et bienvenue sur Mapping Motion le blog du graphisme animé
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