Julien, connu sous le pseudonyme Deeamo, est animateur 2D FX freelance. Il a
travaillé pour Ankama sur Dofus, puis pour des productions comme les trailers League
of Legends de Riot Games, des projets Ubisoft et le film Predator. Il enseigne aux
Gobelins et a créé Deeamo, un business en ligne de formations en animation FX.
Dans ce podcast Mapping Motion, il parle de spécialisation, de vie de freelance et de
pédagogie.
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Qui est Julien Pingault aka Deeamo, animateur 2D FX ?
Julien se présente avec trois casquettes : animateur FX, enseignant et entrepreneur.
De ces trois, c'est l'enseignement qui le définit le plus selon lui. Il aime la pédagogie
et le fait de partager ce qu'il a appris. Julien se dit aussi entrepreneur, mais il préfère se
qualifier lui-même de 'mauvais entrepreneur' parce qu'il mesure ses résultats
financièrement et qu'il a encore des choses à apprendre et à améliorer.
Il a 37 ans, né en 1988. Son entrée dans l'animation remonte à 16 ans, quand un ami
lui montre les animations Xiao Xiao sur internet : des stickman qui se battent, animés
sous Flash, à l'époque de la grande mode de Matrix. Il découvre Flash, commence à
dessiner à la souris et fait ses premières animations. Persuadé que la
vectorisation nettoyait son dessin, alors que c'est l'effet inverse.
Il fait une préparation en graphisme, puis entre dans une école d'animation 3D. Il
obtient son diplôme mais n'aime pas la 3D. Il réalise pendant ses études qu'il veut
faire uniquement de la 2D. Ce qu'il n'aime pas dans la 3D, c'est l'aspect technique
colossal qui s'intercale entre lui et le plaisir direct d'animer.
C'est mon gout a la pédagogie et a partager ce que j'ai appris, c'est
vraiment ce qui me définit le plus.
Pourquoi se specialiser change tout pour un animateur freelance
À la sortie de l'école, Julien faisait de tout : animation, storyboard, character design,
background, logos. Il était généraliste. C'est un animateur qu'il connaît, Malek, qui a
aujourd'hui une chaîne YouTube avec beaucoup d'abonnés, qui lui dit un jour : 'Tes
FX ils sont bons, tu devrais faire que ça.' C'est lui qui lui met la puce à l'oreille.
Au même moment, Ankama l'appelle en entretien et lui indique précisément que ce
sont ses FX dans son book qui les ont intéressés. Julien tire la conclusion : il arrête
tout le reste, complètement. Plus de character design, plus de background, plus de
logo. Il ne fait plus que du FX pour devenir très fort dans ce domaine.
Une fois la spécialisation solide, il recommence à intégrer ses autres goûts, mais cette
fois au service des FX. Les logos, le style manga, son univers. Tout ça mis dans les
FX pour créer quelque chose encore plus personnel.
« C'est une grosse erreur d'attendre d'être freelance pour se
spécialiser. »
« Même s'il y a un autre gars qui va faire du FX qui est meilleur que
moi, c'est pas grave. Moi je vais montrer du FX avec des logos, avec
mon style, avec mon côté dojo de partout.»
Il précise aussi un piège courant : les artistes qui ne se spécialisent pas finissent par
obtenir des projets qui ne leur correspondent pas. Ces projets atterrissent dans leur
portfolio, et on les rappelle pour la même chose. Le cercle se referme sur une activité
qu'ils n'aiment pas vraiment.
Chez Ankama, Riot Games et Ubisoft : comment se passe une
production FX 2D
Chez Ankama, Julien travaille sur Dofus : animations des monstres en jeu, animations
des classes et des sorts. Personne dans l'équipe ne voulait s'en occuper. Il s'en
empare complètement.
Il décrit trois grands types de productions freelance : les trailers de jeu, les séries
animées et les films. Le processus est différent selon le type.
Pour les trailers de jeu, il arrive en fin de production. Les plans sont déjà préparés par
le lead animateur FX. Il enchaîne ses plans et livre. Les séquences sont courtes : 3 à
5 secondes en général. C'est voulu. Garder l'essence de l'action sans s'étirer permet
de garder le rythme et de réduire le volume de travail pour les animateurs.
Pour les productions 3D sur lesquelles on ajoute de la 2D, il faut attendre que la
caméra soit bloquée avant de commencer à animer. Tant que la caméra peut encore
changer, le travail est inexploitable. Sur les plans où les FX sont généraux et ne
dépendent pas précisément du décor, il est possible d'anticiper un peu, mais c'est
l'exception.
Julien a travaillé sur le film Predator en 3D : il y faisait du concept FX dans un style proche
d'Arcane. Il a proposé des recherches et réalisé les plans les plus complexes. Une
équipe a ensuite produit le reste du film à partir de ses propositions. Il a aussi travaillé
sur un projet pour le studio qui développe la série Horizon (il ne peut pas encore en
parler) : soumis depuis plus d'un an, le projet n'est toujours pas sorti.
Trouver ses clients en tant qu'animateur 2D FX freelance
ulien trouve ses clients des deux côtés : des studios le contactent directement, et il
démarre lui-même de son côté. Il a une liste de studios qu'il admire et qu'il cible. Il
essaie de trouver quelqu'un dans l'équipe, que ce soit via le talent acquisition ou
directement un animateur, pour faire connaître son travail.
Julien confirme que le marché de l'animation 2D freelance a connu un ralentissement
depuis environ un an et demi. Lui aussi a dû relancer, contacter plusieurs personnes
et batailler pour obtenir des contrats sur cette période. Selon lui, anticiper les périodes
creuses fait partie du professionnalisme du freelance : refaire sa bande démo, rester
en contact avec les studios et les producteurs, ne pas attendre que le carnet de
commandes soit vide.
« Maintenant il faut être proactif, ça fait partie du professionnalisme
du freelance. »
De refusé aux Gobelins a enseignant aux Gobelins
En début de carrière, avant d'entrer dans son école de 3D, Julien avait passé le
concours des Gobelins. Il n'avait pas été retenu. Il était déçu parce que ça montrait
déjà son attrait pour la 2D.
Il y a deux ans, les Gobelins l'ont contacté pour être intervenant sur une session FX.
Il y est allé et a trouvé l'expérience intéressante. Il l'avoue : avec tout ce qu'il a préparé
pour Deeamo, une seule session d'intervention ne lui permettait pas de dérouler
l'ensemble de ce qu'il avait à apporter aux étudiants.
Deeamo : enseigner en ligne et construire un business en parallèle
du freelance
Julien a lancé Deeamo en 2017. L'idée vient de chez Ankama, quand il réalise que sa
méthode de travail sur les FX est réplicable. Il l'a formalisée en cinq étapes. Il en parle
à sa femme, il trouve ça génial, il ne peut pas garder ça pour lui. La cinquième étape,
il la garde secrète.
Le déclencheur concret : il lit une newsletter qu'il trouve tellement bien faite qu'il n'a
pas envie de la supprimer. Il se dit qu'il veut faire la même chose. Sa fille aînée vient
de naître, il se blesse au genou et travaille depuis chez lui. Il a deux heures de plus
par jour sans les transports. C'est le moment.
Il voit les formations comme un jeu vidéo : le parcours de l'apprenant doit être pensé,
fluide, et l'apprentissage doit être satisfaisant à la fin. Il fait ce chemin mentalement
pour chaque formation qu'il crée.
Deeamo reste un 'à côté' pour lui. Ce n'est pas son activité principale en termes de
revenus. Il l'assume. Mais ça lui donne des sources de revenus différenciées et moins
de stress pendant les périodes creuses en freelance. Quand un mois est calme sur le
front des projets, il peut envoyer quelques mails, activer sa communauté, avoir des
entrées différentes.
« Je suis un mauvais entrepreneur parce qu'un entrepreneur, tu le
mesures à ses performances financières. »
Il précise que ce qui l'a poussé dans cette direction, c'est moins la promesse de
revenus que le désir d'apprendre et d'enseigner. La motivation pécuniaire est là, il ne
le cache pas, mais c'est la combinaison des deux qui a rendu le projet viable pour lui.
FX 2D et intelligence artificielle : une niche qui résiste
Pour Julien, la 3D se rapproche depuis le début de la 2D. Il y a une puissance et une
intemporalité dans le style 2D que la 3D ne peut pas reproduire. C'est ce qui explique
le succès de productions comme Arcane ou les premiers trailers League of Legends
de Riot Games, qui ont donné envie aux studios de commander de la 2D.
« La 3D depuis le début, elle va toujours se rapprocher de la 2D
parce que la 2D il y a une puissance, une intemporalité dans le style
2D que on ne trouve pas dans la 3D. »
Sur l'IA, il pense que la spécificité des FX 2D les protège pour l'instant. L'IA est encore
trop générale. Et cette niche peut aller encore plus loin dans la spécificité : du feu qui
écrit des choses, du feu avec une texture particulière, des FX qui intègrent de la typo
dans l'esprit Spider-Man. Chaque couche supplémentaire de spécificité éloigne un
peu plus le remplacement automatique.
« Cette spécificité, ça te préserve de l'IA qui est pour l'instant encore
un peu trop générale. »
Son projet de rêve : une exposition de FX
Julien a un projet de rêve : une exposition consacrée aux FX, ludique et accessible
aux enfants. Également, il voudrait mettre en avant les éléments comme le feu ou l'électricité,
avec de la 2D mais aussi des éléments physiques ou réels pour rendre l'expérience
tangible. Julien veut montrer que les FX sont un univers entier, pas juste un effet dans un
jeu vidéo.
Julien cite aussi la sphère de Las Vegas comme un défi de mapping intéressant, en
précisant que c'est un écran et non de la projection. D'ailleurs, il a contacté un lieu à
Dubaï pour proposer ses FX en slow motion sur les murs, en trouvant les animations
déjà présentes correctes mais pas assez puissantes.
Ce qu'on retient : animation FX 2D, freelance et transmission selon
Julien Pingault (Deeamo)
Julien Pingault (Deeamo) incarne un profil rare : un artiste spécialisé dans une niche
pointue qui a aussi construit un système pour enseigner et partager sa méthode. Son
parcours montre que la spécialisation, loin de fermer des portes, en ouvre d'autres.
Se spécialiser tôt est une décision stratégique, pas une limitation. La spécialisation
évolue ensuite en intégrant son propre style et ses propres goûts. Être proactif est une
compétence de freelance à développer même quand tout va bien. Un business en
ligne peut compléter le freelance et réduire le stress financier pendant les périodes
creuses. Et dans le domaine des FX 2D, la spécificité reste une protection réelle face
aux outils d'IA actuels.










