Dalkhafine : motion designer freelance, animation 2D et murale

Dalkhafine

Derrière le pseudonyme Dalkhafine se cache Delphine Dussoubs, artiste multidisciplinaire et motion designer freelance installée entre Paris et Montréal. Quand on parcourt son travail, on est frappé par une chose : l'impossibilité de le réduire à un seul médium. Animation 2D frame by frame, motion design sur After Effects, murales monumentales, VJing, installations artistiques interactives et en fil conducteur de tout ça, le dessin. Dans cet épisode du podcast Mapping Motion, elle livre un témoignage rare sur la créativité, la pression des réseaux, la vie de freelance et ce que signifie vraiment trouver son style.
Illustrateurs, motion designers, animateurs freelance : cet article concentre les temps forts d'une interview aussi personnelle que concrète.

L'épisode complet en vidéo


Dalkhafine : qui est cette artiste multidisciplinaire entre Paris et Montréal ?

Dalkhafine se définit comme artiste multidisciplinaire un terme qu'elle revendique pleinement. Son parcours part du cinéma d'animation 2D, appris à l'école Les Sats à Lille dans la pure tradition académique : cours de nu, perspective, animation Disney image par image, sans After Effects. Elle s'oriente ensuite vers la 3D en école supérieure, découvre After Effects et ne le lâche plus.

Depuis, son activité s'est élargie à la murale, au mapping vidéo, aux installations artistiques et au VJing. Elle a travaillé pour Moment Factory à Montréal, créé les visuels du show de Jain, mixé en live pour Mr. Oizo (Quentin Dupieux) et réalisé une installation artistique pour Acura à Art Basel Miami. Mais dans tout ça, le fil conducteur reste le même : le dessin.

« Au final, le fil conducteur de mon travail, ça reste le dessin. On peut pas faire plus dessin que de faire de l'image par image. »


Animation 2D frame by frame : pourquoi animer sans plugins en 2026

Dalkhafine anime sur After Effects sans jamais utiliser de plugins pour l'assister pas de stretch and squash automatique, pas d'outils de rigging. Juste des keyframes posés à la main, des courbes travaillées une à une. Elle sait que ça lui prend deux fois plus de temps qu'un motion designer classique.
Mais pour elle, c'est une question de plaisir et de maîtrise. Sa formation en animation traditionnelle lui a donné une compréhension profonde du mouvement rebonds, inter, timing que les outils automatiques ne peuvent pas remplacer. Et cette base, elle le dit elle-même, lui sert encore aujourd'hui quand elle aborde des projets de mapping ou d'installation.

« Même encore aujourd'hui, j'anime à la mano avec mes keyframes. Je sais que je perds un temps monstre, mais c'est quelque chose que je kiffe faire. »


Conseil pour les débutants : même si vous commencez directement sur After Effects, prenez le temps de tester l'animation traditionnelle ne serait-ce que quelques exercices. Comprendre les interpolations à la main vous donnera une sensibilité au mouvement qu'aucun plugin ne peut enseigner.


Comment trouver son style graphique : le déclic de Dalkhafine en 2017

En 2017, après une séparation, Dalkhafine rentre à Paris pour six mois. Elle ralentit, refuse des contrats, vit sur ses économies. Elle travaille dans des cafés, dont la Gaîté Lyrique, croise des créatifs, expérimente la sérigraphie et le collage dans les rues avec un ami artiste.

Sans pression client, sans contrainte algorithmique, elle retrouve le dessin pur noir et blanc, gravure, trait libre. C'est là qu'apparaissent les personnages qu'elle dessine encore aujourd'hui. Les clients arrivent ensuite, attirés par ce style. Et elle fait alors un choix radical : ne plus accepter de projets qui ne s'inscrivent pas dans ce style en construction.

« En me mettant plus aucune pression, plus aucune limite sur mon style visuel, j'ai commencé à trouver un peu mon style. Et de fil en aiguille, des clients ont commencé à m'approcher pour ça. »


Ce moment de rupture, se déconnecter de la commande pour se reconnecter à soi est selon elle la condition indispensable pour trouver une identité graphique durable. Et c'est un cycle : elle sent qu'en 2025, après plusieurs années de contrats intensifs, ce besoin de se reconnecter revient


Réseaux sociaux et créativité : Instagram nuit-il aux artistes ?

C'est l'une des questions les plus personnelles de l'interview. Dalkhafine pose une hypothèse inconfortable : la pression permanente de poster sur Instagram est peut-être en train d'épuiser la créativité des artistes.

En 2017-2018, il n'y avait pas encore cette injonction à la visibilité continue. Aujourd'hui, les tendances s'enchaînent, trend IA style Miyazaki, visuels rikiki, reels à tout prix et ceux qui les suivent finissent par ressembler à tout le monde. Exactement l'inverse de ce que recherche un artiste qui construit une identité propre.

« Quand tu commences à vouloir créer pour être visible, c'est là où tu te perds. Suivre les tendances, c'est suivre un groupe de moutons. Tu suis pas ton propre mouvement. »

On a évoqué Stefan Sagmeister et son documentaire Happy Film : le designer autrichien prend une année sabbatique tous les 7 ans pour se ressourcer, expérimenter, et revenir nourri. Dalkhafine s'y reconnaît, elle est justement à l'aube de son propre cycle de 7-8 ans.

Sa conclusion n'est pas de fuir les réseaux, mais de ne jamais les laisser dicter le contenu créatif. Instagram est un outil de visibilité, pas une direction artistique.


Trouver des clients en freelance : Instagram, Behance et bouche-à-oreille

Dalkhafine est freelance depuis de nombreuses années. Pour elle, les clients arrivent par trois canaux :

Instagram : la grande majorité de ses contrats. Des clients qui la repèrent, lui envoient un message direct, et viennent chercher son style spécifique.

Behance : particulièrement pour les clients américains. Elle y présente sa démarche complète, pas seulement le résultat final : processus, story derrière chaque projet, plans 3D. Ce que l'on ne peut pas montrer sur Instagram.

Bouche-à-oreille : surtout à Montréal, qu'elle décrit comme « un grand village où tout le monde se connaît ». Travailler rigoureusement et livrer à temps crée une réputation qui génère des recommandations organiques.

Elle est également représentée par une agence montréalaise en non-exclusivité ce qui lui laisse la liberté de gérer elle-même la majorité de ses projets, tout en ayant un relais pour les plus complexes à produire (comme le projet Acura à Miami, qui nécessitait des contacts locaux sur place).

« Je pense que quand tu es quelqu'un de carré qui travaille bien, les gens te réfèrent. La confiance, c'est le plus important, plus que les compétences elles-mêmes. »


Leçon clé : la visibilité en ligne est un avantage, pas une obligation. Des motion designers très bons et peu visibles trouvent des projets via le bouche-à-oreille. Tout dépend du profil et de la façon dont on veut travailler.


VJing et shows live : mixer pour Mr. Oizo et Jain, coulisses et anecdotes

Deux shows ont particulièrement marqué Dalkhafine. Le premier : la tournée Zandoka de Jain, où elle était réalisatrice de l'ensemble des visuels avec une équipe de trois personnes. Un mois et demi pour créer un show entier, avec 90 % de motion design et 10 % d'animation 2D frame by frame sur Flash. Un projet de confiance totale.

Le second et sans doute le plus marquant est le show de Mr. Oizo (Quentin Dupieux) en clôture du festival de Dour. Elle crée une direction artistique en pixel art, inspirée des vieux écrans Windows 97, avec des messages d'erreur et des Easter Eggs visuels calés sur chaque chanson. Le tout mixé en live, sans répétition possible.

Le moment le plus émouvant : à la demande de Quentin Dupieux, rendu en deuil après le décès de Philippe Zdar (Cassius), elle crée en 48h une animation de fin, un dossier intitulé « I Love You So » qui s'ouvre sur scène au moment de la dernière chanson, un hommage visuel inattendu que Quentin Dupieux découvre en live, depuis la scène.

« J'avais ma petite larme à l'œil en me disant : la fille de 10 ans qui était fan de Mr. Oizo avec sa peluche, 20 ans plus tard, elle est là sur scène en train de mixer pour lui. »


IA et animation : ne pas utiliser l'IA par passion, pas par idéologie

Dalkhafine n'utilise pas l'IA dans son processus créatif. Sa raison est simple et honnête : elle aime faire son métier. Animer à la main lui procure un plaisir que la génération automatique ne peut pas remplacer. Certes, ça prend plus de temps. Mais à la fin, elle est fière du résultat d'une façon qu'elle ne ressentirait pas autrement.

Elle nuance cependant : tout le monde n'est pas dans la même situation. Pour certains, l'IA peut être un outil nécessaire pour tenir une cadence ou un budget. Ce qu'elle rejette, c'est l'utilisation de l'IA comme substitut à la maîtrise artistique et non comme outil ponctuel de gain de temps.

« J'ai pas envie d'utiliser l'IA parce que j'aime faire mon métier. Oui, je mets peut-être deux fois plus de temps, mais à la fin je suis trop contente. »


Projet de rêve : des installations artistiques immersives à l'échelle XXL

Dalkhafine a une vision claire de son prochain niveau. Après l'animation, le motion design, le VJing, le mapping et les installations, elle veut fusionner tout ce qu'elle sait faire dans un seul projet immersif XXL : mapping sur le sol, sur les murs, son spatialisé, volume en 3D, tout réuni dans une même expérience.

Sa référence : les installations monumentales de centres commerciaux en Chine ou à Melbourne (l'ancienne gare centrale où Melissa, une autre artiste montréalaise, a récemment créé un projet). Son objectif : proposer des expériences positives, ludiques, familiales,une forme d'antidote à l'anxiété ambiante.

« Si je peux faire une expo qui fasse en sorte que les gens sourient, qu'ils s'amusent, qu'ils repartent heureux, bah j'ai fait mon taf. »


Ce qu'on retient : créativité, freelance et authenticité selon Dalkhafine


Dalkhafine est un exemple rare d'artiste qui a construit son style en s'éloignant de la commande, en refusant les tendances et en faisant confiance à son propre mouvement. En 2026, ça lui vaut des projets pour des marques mondiales, des shows de renommée internationale et une communauté qui reconnaît son travail au premier coup d'œil.

  • Déconnectez-vous régulièrement de la commande pour retrouver votre style propre.
  • Apprenez l'animation traditionnelle, même si vous travaillez sur ordinateur.
  • La rigueur et la confiance valent autant que le talent dans une carrière freelance.
  • Ne suivez pas les tendances Instagram pour créer suivez votre propre mouvement.
  • Behance + Instagram + bouche-à-oreille : trois canaux complémentaires pour trouver des clients.

Suivez Dalkhafine sur Instagram et Behance

Salut je suis Jeremy Fassio et bienvenue sur Mapping Motion le blog du graphisme animé
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